De quelle manière les objets sont-ils là ?
Réminiscence de mes cours de philo. Etre là pour un objet, c’est être montré par une quelconque conscience qui le situe dans l’espace environnant. C’est être relatif, et non absolu. Révision. Noumène et phénomène. Désolée, mes amis. Je m’égare.
De quelle manière les objets sont-ils là quand la conscience qui les a vus, saisis, choisis et réunis n’est plus ?
Quid de la collection, quand le collectionneur n’est plus ?
Comme à mon habitude, je me pose beaucoup de questions.
Sur la vie. Sur la mort.
Sur le sens qu’il y a à amasser des objets, du plus insignifiant au plus éblouissant, avec acharnement, tout au long d’une vie. A les protéger comme si nous n’étions qu’eux, à nous lester de leur présence encombrante… Qui n’a jamais vécu l’expérience jubilatoire du don de vêtements usagés à un quelconque secours populaire qui, outre l’auto-satisfaction qu’il y a à être généreux, nous fait pour un moment plus légers, insouciants ? Comme si nos biens ne nous faisaient pas du bien. Comme si notre attachement nous aliénait.
Je me pose beaucoup de questions, donc. Sur le sens qu’il y a à amasser des objets, qui seront toujours là, alors que nous n’y serons précisément plus. Pour qui seront-ils là ? Et d’ailleurs, seront-ils vraiment encore là, ou bien seront-ils un peu partis avec nous ? Si être là pour un objet, c’est être là pour une conscience précise, quand cette conscience n’est plus, cet objet est-il toujours là ?
Ma mère est morte il y a plus d’un an, et les camions entiers d’objets que, sa vie durant, elle avait amassés, sont restés derrière elle. Ils me déroutent. Comment peuvent-ils être encore là ? Ma mère est morte. Elle aurait du les emporter avec elle dans sa tombe. Nous aurions du creuser une trou immense pour l’enterrer dans un caveau de pharaonne, qui aurait abrité ses tableaux, ses meubles, ses bibelots, son linge précieux. Ses liqueurs artisanales, ses livres de Rika Zaraï et ses fleurs séchées.
Mais non. Ses objets persistent dans leur présence. Dorénavant, certains ont déjà élu domicile dans ma maison. D’autres attendent leur tour, sagement, dans le bric-à-brac à demi déménagé qu’est devenu son appartement.
L’âme de ma mère est-elle encore incrustée dans ces objets ?
Aujourd’hui, comme à mon habitude, je me pose beaucoup de questions. Il faut dire que je ne suis pas aidée à la simplicité. Je sors du cinéma, où j’ai vu L’heure d’été, d’Olivier Assayas, où il est précisément question du deuil et du poids des objets, du patrimoine. Mon expérience récente de la mort m’a fait vivre ce film de manière particulièrement intense.
Un constat : les vivants sont les gardiens des objets des morts. Mais quand meurt celui qui gardait les objets d’une personne que plus personne de vivant n’a connu, qu’en est-il ? J’ai lu aujourd’hui que le dernier poilu encore vivant, sur quelques huit millions cinq, est décédé ces jours-ci. Quelque chose n’en finit pas de finir. Il en est ainsi.
Je vivrai, ma sœur vivra, les objets de notre mère vivront, elle vivra. Il en est ainsi.
Ceux qui se taisent n’ont pas de chance. Ma mère peignait. Elle ne se taisait pas, et ses œuvres restent.
Marie non plus ne se taisait pas. Ses poèmes, son blog restent. Nous vivons, elle vivra. Il en est ainsi.
Et bien, qu'il en soit ainsi...
Réminiscence de mes cours de philo. Etre là pour un objet, c’est être montré par une quelconque conscience qui le situe dans l’espace environnant. C’est être relatif, et non absolu. Révision. Noumène et phénomène. Désolée, mes amis. Je m’égare.
De quelle manière les objets sont-ils là quand la conscience qui les a vus, saisis, choisis et réunis n’est plus ?
Quid de la collection, quand le collectionneur n’est plus ?
Comme à mon habitude, je me pose beaucoup de questions.
Sur la vie. Sur la mort.
Sur le sens qu’il y a à amasser des objets, du plus insignifiant au plus éblouissant, avec acharnement, tout au long d’une vie. A les protéger comme si nous n’étions qu’eux, à nous lester de leur présence encombrante… Qui n’a jamais vécu l’expérience jubilatoire du don de vêtements usagés à un quelconque secours populaire qui, outre l’auto-satisfaction qu’il y a à être généreux, nous fait pour un moment plus légers, insouciants ? Comme si nos biens ne nous faisaient pas du bien. Comme si notre attachement nous aliénait.
Je me pose beaucoup de questions, donc. Sur le sens qu’il y a à amasser des objets, qui seront toujours là, alors que nous n’y serons précisément plus. Pour qui seront-ils là ? Et d’ailleurs, seront-ils vraiment encore là, ou bien seront-ils un peu partis avec nous ? Si être là pour un objet, c’est être là pour une conscience précise, quand cette conscience n’est plus, cet objet est-il toujours là ?
Ma mère est morte il y a plus d’un an, et les camions entiers d’objets que, sa vie durant, elle avait amassés, sont restés derrière elle. Ils me déroutent. Comment peuvent-ils être encore là ? Ma mère est morte. Elle aurait du les emporter avec elle dans sa tombe. Nous aurions du creuser une trou immense pour l’enterrer dans un caveau de pharaonne, qui aurait abrité ses tableaux, ses meubles, ses bibelots, son linge précieux. Ses liqueurs artisanales, ses livres de Rika Zaraï et ses fleurs séchées.
Mais non. Ses objets persistent dans leur présence. Dorénavant, certains ont déjà élu domicile dans ma maison. D’autres attendent leur tour, sagement, dans le bric-à-brac à demi déménagé qu’est devenu son appartement.
L’âme de ma mère est-elle encore incrustée dans ces objets ?
Aujourd’hui, comme à mon habitude, je me pose beaucoup de questions. Il faut dire que je ne suis pas aidée à la simplicité. Je sors du cinéma, où j’ai vu L’heure d’été, d’Olivier Assayas, où il est précisément question du deuil et du poids des objets, du patrimoine. Mon expérience récente de la mort m’a fait vivre ce film de manière particulièrement intense.
Un constat : les vivants sont les gardiens des objets des morts. Mais quand meurt celui qui gardait les objets d’une personne que plus personne de vivant n’a connu, qu’en est-il ? J’ai lu aujourd’hui que le dernier poilu encore vivant, sur quelques huit millions cinq, est décédé ces jours-ci. Quelque chose n’en finit pas de finir. Il en est ainsi.
Je vivrai, ma sœur vivra, les objets de notre mère vivront, elle vivra. Il en est ainsi.
Ceux qui se taisent n’ont pas de chance. Ma mère peignait. Elle ne se taisait pas, et ses œuvres restent.
Marie non plus ne se taisait pas. Ses poèmes, son blog restent. Nous vivons, elle vivra. Il en est ainsi.
Et bien, qu'il en soit ainsi...

14 rebond(s):
Marie a laissé derrière elle la même question dans tous les esprits et tous les blogs qui vont avec, l'unisson.
Marie, mais aussi ta mère, mon père, les absents dont nous nous vêtons tous les jours. Ils nous tiennent chaud. Parfois ils nous demandent trop, mais c'est à nous de leur prouver que nous vivons par nous-mêmes, aussi, pour avoir quelque chose à garder au chaud.
Coucou Mamselle Poivert! Les Phéniciens nous ont laissés des objets, on a du bol hein? Et surtout l'alphabet pour qu'on se raconte tout ça sur le blog là, les noumènes les phénomènes, les Inocybe et les MarieL :)
J'aime ton point de vue Julie!
Julie : Une cerise sans noyau ne serait en effet plus vraiment une cerise. Enfin, on se comprend.
Siréneau : Vive les Phéniciens, les noumènes, les phénomènes, les Inocybe et les Mariel !
Moi aussi, j'aime le point de vue de Julie.
Et vive Julie et Siréneau !
Bise à tous les deux !
PS. Et merci Francofou, de jouer les messagers auprès de Holly, et de lui donner envie de lire certains de mes articles. Merci de me donner de bonnes raisons, si tant est que j'en aie besoin, d'écrire et de (re)venir ici tous les jours rêvasser, réfléchir, m'enthousiasmer...
pour certains ils deviennent un symbole de leur ancien possesseur, un peu un porteur d'âme, d'autres servent à marquer la transmission et en utilisant un ustensile on peut ou non selon le jour ou l'envie revoir les gestes passés, et puis il y a ceux qui deviennent notre, totalement, sans trace de leur passé.
Et pour la masse on s'en débarrassen mais il est bon et doux d'être plusieurs à faire ce tri
Coucou, Brigetoun !
Ahlala, j'ai un de ces retards de lecture, chez toi !
Le tri dans les objets est en effet un moment important, à vivre au moins à deux. Un moment drôle et triste à la fois.
Bise !
je pense à un livre en lisant tes mots. Mots emouvants et tres justes.
le livre donc : COMMENT J'AI VIDÉ LA MAISON DE MES PARENTS de Lydia Flem.
Salut, Zelda !
Bienvenue chez moi ! J'espère que tu y viendras parfois, je t'y accueillerai toujours avec grand plaisir !
Surtout si tu viens avec un cadeau, genre un titre de livre à lire ! Je vais aller voir si ma bibliothèque possède ce livre, dont le titre me semble, en effet, devoir m'intéresser. Merci pour ta visite, et à bientôt !
Ben j'aurai du mal à virer de mon ordi ou de mes disques de sauvegarde tout ce que j'ai pu amasser d'elle. Heureuse de pouvoir vous en faire aussi les dépositaires. Les objets ont une âme, je ne me pose même pas la question, je ne fais juste que m'en persuader. Je laisse alors partir mes souvenirs, ils font le reste.
Vive les Phéniciens, les noumènes, les phénomènes, les Inocybe et les Mariel !et vive vous tous!
J'espère que tu nous continueras un petit moment à nous livrer certains des textes de Marie en ta possession. Cela nous fera effectivement bien plaisir.
Très beau billet. Ces questions, je me les suis posées et, bien sûr, il n'y a de réponse que personnelle, celle que l'on invente, celle qui nous fait du bien ou pas trop de mal. Les objets des disparus sont des souvenirs matériels d'eux que l'on peut diluer dans notre propre existence de manière sensible, concrète.
Une presque morte m'a donné des objets d'elle afin que je permette à ses propres souvenirs, qui ne sont pas les miens, de lui survivre, de les prolonger d'existence.
Les objets, à mes yeux, portent en eux quelque chose des anciens vivants.
En ce qui concerne les objets, je suis proche, à certains égards, de la conception de Merleau-Ponty dans La phénoménologie de la perception.
Je suis d'accord avec toi quand tu dis qu'il n'y a de réponse que personnelle à la question soulevée par les objets. Pour ma part, je suis déjà très attachée aux objets que j'ai moi-même collectés. Comme les cartes postales dont je parle dans le billet suivant. Il est donc logique qu'a fortiori, je sois une gardienne de la mémoire des autres. Ce que je suis. Mais il est nécessaire, pour quiconque recueille les objets d'un mort, de réfléchir, de les observer, et de trier. Pour ne garder que ce qu'il est vraiment nécessaire de garder. Sinon, le poids du défunt serait trop lourd à porter.
Pour ce qui est de Merleau-Ponty, je n'ai jamais lu Phénoménologie de la perception, même si j'en possède un exemplaire chez moi. Il m'attend depuis longtemps. J'ai pourtant fait ma maîtrise sur la 5e méditation cartésienne de Husserl. Et j'ai fait de la philosophie du fait de ma fascination pour la phénoménologie. L'histoire du carré... Et puis j'ai arrêté la philosophie. Mais je me sens d'humeur à reprendre. Les raisons qui m'ont fait abandonner cette discipline aimée sont caduques. Et pourquoi pas avec Merleau-Ponty ? A suivre.
Coïncidence de la sphère Blogguistique Aslé parle dans son poème d' a peu près la même chose le décès de sa mère, ca m'a déjà remué et voilà que j'arrive chez toi et que j'y lit ce billet...
J'ai souffert comme jamais lorsqu'il a fallu vider la maison de mes parents lors du départ de mon père pour la maison de la retraite. Heureusement que mes deux soeurs etaient présentes on s'est soutenu comme on a pu.
J'ai gardé bon nombre de choses comme un talisman contre sa mort, celle de ma mère et bien sûr celle à venir inéductable de mon père.
JE ne sais que penser, je trouve ta note très touchante...
Je me doutais que ce billet te parlerait particulièrement.
A bientôt !
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